Samilia Foundation | EU Civil Society Plateform Against THB
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Europe: Ensemble contre la traite des êtres humains

La semaine passée, la commission européenne organisait la 9em rencontre de la « European Civil Society Against Human Trafficking ». Ce meeting bisannuel vise à réunir toutes les organisations européennes actives dans la lutte contre la traite des êtres humains autour de plusieurs séminaires. Une occasion idéale pour partager nos observations et trouver des solutions ensemble.

Le thème du séminaire auquel Samilia a participé tournait autour des liens qui unissent les violences faites aux femmes à  la traite des êtres humains. Il est en effet alarmant de constater que 75% des victimes sont des femmes et des jeunes filles et que la majorité l’est à des fins d’exploitation sexuelle.

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Alors, lutter contre les violences faites aux femmes serait donc une étape cruciale pour en finir avec l’exploitation ?

Les différentes organisations présentes à ce séminaire ont dressé le même constat : si les violences faites aux femmes sont de plus en plus dénoncées, elles sont encore ignorées par les citoyens. En effet, beaucoup de citoyens estiment encore que les femmes sont en tout ou en partie responsables des violences faites à leurs encontre. Ceci alors que la majorité (84%) de la population (genres confondus) trouve normal que ces violences soient criminalisées.

De plus, les violences vécues par les femmes victimes d’exploitation (agression, viol, abus de vulnérabilité) sont très souvent identiques aux violences dont souffrent – dans des mesures qui peuvent être largement moindres – toutes les femmes. Combattre ces violences de la vie quotidienne est une étape cruciale pour lutter contre la traite des êtres humains, d’autant plus que les organisations de terrain observent une réelle corrélation entre l’un et l’autre phénomène : ce sont les mêmes groupes de femmes, en situation de précarité financière ou émotionnelle, qui en sont victimes.

Enfin, la banalisation des violences faites aux femmes pousse souvent les victimes au silence, qui ne portent pas plainte. Difficile donc d’avoir des statistiques pertinentes

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Et les exploiteurs, qui sont-ils ?

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Les statistiques européennes sur la traite des êtres humains documentent beaucoup sur les victimes (nombre, sexe, âge, nationalité..) mais nettement moins sur les trafiquants et clients de ce crime. La question se pose donc de savoir qui sont ceux qui perpétuent ce crime? Et plus en amont, quelle est l’incidence du contexte encore fort machiste des sociétés européennes qui permet l’exploitation et pousse souvent les victimes au silence ?

Il est nécessaire de considérer que l’exploiteur n’est pas uniquement celui qui perçoit de l’argent des services de ses victimes, mais aussi les clients, et d’une manière plus générale, la demande. Ils font aussi intégralement partie du système.  Si la prostitution n’est pas encore considérée partout comme une violence, c’est qu’il existe encore énormément de préjugés sur les « besoins » des hommes en matière de sexe. Considérer que répondre à ces besoins est une nécessité, c’est décriminaliser, voir encourager toutes les formes de violences sexuelles en déculpabilisant les agresseurs (ex. viol conjugal). Or, ces violences sont criminalisées depuis longtemps (sauf en Russie pour les violences domestiques). Les citoyens ne seraient t’ils donc pas prêts à passer à l’étape suivante qui implique d’admettre la prostitution (prostitution volontaire incluse) comme une violence ?

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La prévention, une étape déterminante pour éradiquer la traite des êtres humains

D’un point de vue général, la prévention n’est pas assez poussée alors qu’elle devrait être à la base des actions menées par les gouvernements et les ONG pour lutter contre les violences faites aux femmes et contre la traite des êtres humains.

Plus spécifiquement, toutes les ONG pointent du doigt un manque de prévention et de sensibilisation à la TEH lié à la crise migratoire. Cette communauté, dont le nombre a explosé depuis l’éclatement des conflits au proche orient, est la plus à risque de tomber dans des réseaux, quand cela n’est pas déjà le cas avant même d’arriver dans les territoires européens. En effet, les populations qui fuient la guerre ou la pauvreté sont les  plus vulnérables. Affaibli par la traversé, ils sont souvent incapables de communiquer avec les locaux et surtout, ne connaissent pas leurs droits. Ayant besoin d’argent rapidement pour couvrir leurs besoins les plus élémentaires, ils se font facilement piéger par les profiteurs de misère.  Autre fait alarmant : dans les centres pour MENA (Mineur Étranger Non Accompagné), les ONG constatent que beaucoup d’enfants disparaissent. Or, ces enfants disparus sont principalement les filles, ce qui soupçonne l’implication de réseaux de prostitutions sur mineurs.

En ce qui concerne l’implication des institutions publiques (ex. police/ travailleurs sociaux), les ONG constatent qu’elles ne reconnaissent pas toujours la traite des êtres humains comme une violence faite aux femmes, car ce n’est pas inclus dans leur formation. Il y a donc une grande nécessité de mieux former les personnes en charge de la détection des victimes, car beaucoup de poursuites n’aboutissent pas par manque de preuve ou de courage du plaignant.

Différents pays, différents constats

Portugal 

Les principales victimes formellement identifiées sont des hommes (secteur travail forcé), alors que la majorité des victimes ‘identifiées’ sont des femmes. Les ONG locales dénoncent un manque de  financement public pour 1) identifier formellement les victimes, 2) intervenir directement auprès des victimes. De plus, on remarque un manque de stratégie national pour lutter contre les inégalités entre hommes et femmes. Pour finir, la légalisation de la prostitution a augmenté le tourisme sexuel.

Pays-Bas

Les femmes identifiées comme prostituées volontaires ne représentent pas la majorité des travailleuses du sexe aux Pays-Bas. Malheureusement, depuis la légalisation de la prostitution, la prostitution n’est plus vue comme une violence par la collectivité.

Pologne, et d’une manière générale, tous les pays de l’Est

Ces 16 derniers mois, l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement a été marquée par un recul alarmant des droits des femmes. Mais c’est tout de même parmi les hommes qu’on trouve le plus de victimes. En effet, 40% d’entre eux le sont dans le cadre du travail forcé, un secteur qui touche principalement les hommes. Les victimes sont des personnes issues de milieux extrêmement précaires et ayant déjà subi des violences.

Concernant l’exploitation sexuelle, les ONG constatent que ce n’est pas un sujet qui retient l’attention des autorités. De manière générale, les violences sexuelles sont banalisées. Pire, avec le recul des droits des femmes, les autorités ont coupé drastiquement les fonds alloués à la protection des femmes et des enfants.

Et ensuite ?

Toutes ces observations ont été transmises à la Commission européenne qui va en tenir compte pour les prochaines directives et appels à projets. La commission a rappelé que la lutte contre la traite des êtres humains était toujours considérée comme une priorité en Europe et qu’elle ne relâcherait pas son attention.

Outre cette collaboration avec les institutions européennes, nous retiendrons surtout cet élan de solidarité vécu pendant ces deux jours de travail. Il est souvent décourageant de constater que cette violation des droits de l’homme est toujours présente malgré le travail des associations. Pourtant, voir autant de monde, venant souvent de loin, venir partager leurs observations nous redonne énormément d’espoir. Nous ne sommes pas seuls, un mouvement est en marche, et la motivation de ceux et celles qui le font vivre finira par avoir raison de ce crime.